LuSI Day 2007 - Pour un Internet et un téléphone portable sécurisés

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Jeudi, le 8 novembre 2007 a eu lieu dans les locaux du Centre de Recherche Public Henri Tudor la première édition du « LuSI Day ».

Le « LuSI Day 2007» a rassembé quelques 70 personnes – pédagogues, psychologues, enseignants et parents - autour de la thématique de la sécurité sur Internet et la téléphonie mobile. Dans son allocution vidéo, Viviane Reding a salué l’engagement des porteurs du projet et les a invités à poursuivre leurs efforts car quoique nombreux sont les jeunes affirmant connaître les risques qu’ils encourent en surfant sur Internet ou en utilisant leur téléphone portable et les attitudes à adopter pour éviter ces pièges, le nombre de victimes ne cesse d’augmenter (résultats d’une enquête menée auprès des jeunes Européens de 9 à 14 ans dans le cadre du Eurobaromètre). Les victimes sont, par ailleurs, de plus en plus jeunes. Ainsi, il est estimé que dans le monde, quelque 200.000 enfants sont victimes tous les ans d’abus à caractère sexuel perpétrés à travers Internet et le téléphone mobile. Viviane Reding a aussi rappellé que l’engagement de la Commission Européenne en matière de sécurité sur le Web ne date pas d’aujourd’hui – les premiers programmes ont été lancés il y a plus de dix ans - et qu’une suite du programme « Safer Internet Plus » est actuellement en cours de préparation.

Le public a vivement salué cette initiative car les chiffres parlent pour eux. Ainsi, Thomas Rathgeb du Medienpädagogischer Forschungsverband Südwest a présenté les résultats de l’étude JIM (Jugend, Information, Multi-Media) menée en 2006 en Allemagne. 1.205 jeunes entre 12 et 19 ans ont été questionnés sur leur rapport avec les nouveaux médias. L’étude montre l’emprise des nouveaux médias sur les jeunes. Ainsi, aujourd’hui, en Allemagne, 92% des jeunes ont un téléphone portable, 62% un ordinateur dans leur chambre, et 38% un accès à Internet. 83% des jeunes interrogés affirment utiliser leur ordinateur tous les jours ou plusieurs fois par semaines et 69% surfent régulièrement sur Internet. 56% du temps passé sur ordinateur l’est pour surfer sur le Net, 21% pour jouer et 23% pour étudier. Quant à Internet, il sert pour 60% à des fins de communication (messagerie instantanée, chat, mail), 17% pour jouer, et 23% pour la recherche d’informations. L’étude montre également la disparité entre garçons et filles dans l’utilisation d’Internet – les filles utilisent plus que les garçons l’Internet à des fins de communication. D’où la nécessité d’entreprendre des actions de sensiblisation différentes pour les garçons et les filles. Autre constat est que les jeunes utilisent les nouveaux médias de plus en plus tôt. Aujourd’hui, nombreux sont les enfants de moins de 10 ans à avoir des téléphone portables et à utiliser Internet. D’où la nécessité que la sensibilisation se fasse via les parents.

L’emprise d’Internet et du téléphone portable sur les jeunes a vu se développer ces dernières années une nouvelle forme d’agresssion et de violence entre jeunes, le Cyberbullying. Le bullying n’est pas un concept nouveau. Il désigne des agressions entre jeunes qui ont lieu de manière répétée dans les salles de classes, les cours de recréation et le chemins d’école et qui reposent sur une situation de faiblesse de la victime. Le bullying peut prendre diverses formes : physiques comme les coups, verbales comme les menaces et les injures, psychiques comme l’isolation ou les rumeurs. Transposé sur le net grâce à la messagerie instantanée, le mail et le chat, ainsi que sur le téléphone portable, le bullying s’y est amplifié notamment en raison de l’anonymat du net et des cartes téléphoniques prépayées. Les coupables sont difficilement identifiables. Dr Katharina Katzer du « Institut für Wirtschafts- und Sozialpsychologie » de l’Université de Cologne étudie depuis plusieurs années ces nouvelles formes d’agression et de violence. Une étude réalisée auprès de 1.700 élèves allemands âgés de 11 à 17 ans montre que 8,4% des jeunes se sentent régulièrement menaçés sur le web, 31,7% ont été entrainés dans des querelles, 35,4% se sont fâchés, 39% ont été injuriés, 44% ont été dérangés dans leur chat, 4,6% ont subi un chantage, 10,2% ont été mis à l’écart, 48,1% ont été abordés par un internaute voulant discuter de sex, 32,5% ont été questionnés sur leur physique, 34,1% sur leurs expériences sexuelles. Au Luxembourg, le cyberbullying existe aussi même s’il n’est que depuis peu un sujet de recherche, a souligné le Prof. Dr Georges Steffgen de l’Université du Luxembourg. Il n’existe pas encore de statistiques sur le cyberbullying.

Lors de la table-ronde à laquelle ont participé de nombreux représentants des ministères, établissements scolaires, associations, etc., différentes pistes à suivre ont été abordées. Pour Mario Gollwitzer de l’Université de Landau, une grande partie des initiatives entreprises en matière de sensibilisation auprès des jeunes, des enseignants et des parents, un peu partout en Europe, n’ont aucun effet durable auprès du public puisqu’elles reposent sur du pur actionnisme et donc sur des fondements qui n’ont pas été scientifiquement prouvés. D’ailleurs, il relève le fait que la plupart des actions menées ne sont pas évaluées sur leurs effets à long terme. Faut-il pour autant être pessimiste ? Non, puisque certaines actions entreprises ont bel et bien des résultats à long terme.  Il convient d’en étudier les raisons et d’en analyser les effets d’une implémentation dans notre propre contexte.

 

L'équipe  LuSI - Judith Swietlik-Simon, CRP Henri Tudor;  René Schlechter, Kanner Jugendtelefon; Candi Carrera, Telindus - avec Asa Barton from the European Commission

Pour le Luxembourg, les actions menées par le projet LuSI en matière de sensibilisation des jeunes au cyberbullying sont précurseurs. Certains expliquent que pendant longtemps, la demande pour une telle sensibilisation n’existait pas au Luxembourg parce que les Luxembourgeois n’avaient pas encore été confrontés à un cas de délit médiatisé. D’autres, expliquent qu’au contraire, les victimes sont nombreuses, mais que souvent elles ont peur de se manifester, notamment les jeunes. Craignant la réaction des parents, et découragées par les longues et coûteuses procédures juridiques qui dépassent les frontières du pays, les victimes ne portent pas plainte. Quoi qu’il en soit, certains lycées comme le Lycée Technique des Arts et Métiers s’investissent dans la sensibilisation. Une enquête, basée sur une méthodologie scientifique et menée par les chercheurs de l’Université du Luxembourg, est en cours auprès des élèves du Lycée Technique des Arts et Métiers et des formations pour les enseignants sont organisées. Marc Schmit du Lycée Technique des Arts et Métiers s’interroge s’il ne serait pas utile d’intégrer dans le programme scolaire un cours sur les médias.

Les workshops organisés l’après-midi ont, quant à eux, permis aux participants de se familiariser aux nombreux aspects pratiques de l’utilisation responsable des nouveaux médias. Les workshops ont montré à partir de cas concrets, les avantages et les enjeux des nouveaux médias, mais aussi les dangers et les précautions à prendre.

En fin de journée, tous s’accordaient à dire que l’éthique sur le net est de la responsabilité de tous les internautes et que nous devons tous y contribuer en donnant à nos enfants les bases pour une utilisation sécurisée d’Internet et du téléphone portable (« Medienkompetenz »), en dénonçant les sites Internet douteux, en mettant à jour les programmes de sécurité, etc.

 

Pour en savoir plus:

Les PDFs des contributions sont disponibles ici.

Les videos seront aussi disponibles prochainement.