Dites stop aux violences en ligne faites aux femmes

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Avec l’interconnectivité croissante de notre vie quotidienne, les schémas d'action qui se déroulaient auparavant de manière analogue et souvent invisible, se sont également déplacés vers les sphères numériques. La violence subit par les femmes en fait partie. Internet participe beaucoup à la visibilité de ce type de violence (dont, notamment, le harcèlement sexuel). Les campagnes #balancetonporc et #metoo ne sont que les derniers exemples marquants en date de la manière dont les femmes réussissent à témoigner du sexisme régulièrement vécu, à la fois sur le plan personnel et structurel, et à en faire la pierre angulaire d'un discours international en faveur de la prévention et des solutions existantes. Actuellement, les premiers succès font leur apparition et les coupables sont traduits en justice. Ceci met en évidence que, bien qu’Internet ait créé un nouvel espace de défense pour les victimes, il a par la même occasion créé un nouvel espace de violence et de harcèlement à l'égard des femmes, qui ne peut être négligé.

Différents types de violence en ligne

Les formes les plus évidentes de violence en ligne contre les femmes sont, sans aucun doute, le harcèlement et les insultes. Blogueuses et autres utilisatrices sont objetisées et réduites à leur apparence, dans ce cas le fait que la femme soit attirante ou non surpasse sa personne toute entière. Les femmes qui résistent à de telles insultes sexistes deviennent souvent victimes d'un déferlement de commentaires haineux sur le web (appelé Shitstorm) les menaçant de meurtre ou de viol. Dans les forums Internet et sur les plates-formes s'organisent des « raids » - autrement dit des attaques collectives contre une victime isolée dans le but de la réduire au silence en utilisant la violence psychologique.

La deuxième forme de violence est moins évidente et souvent plus difficile à détecter. La plupart du temps, elle est exercée par une personne unique, proche comme le partenaire, un membre de la famille ou un(e) ami(e) supposé(e). De nombreuses caractéristiques de cette forme de violence se retrouvent également dans la violence domestique « traditionnelle », par exemple : le contrôle de la vie privée en ligne des victimes, avec des applications d'espionnage qui trahissent les coordonnées géographiques ou laissent le proche contrôler les messages privés par exemple, mais aussi des infractions moins offensives comme la fouille de messages sur Facebook ou autres applications de messagerie en ligne. A cela s'ajoutent souvent des menaces, comme par exemple l'envoi d'images suggestives des personnes sous cette emprise à leurs proches et connaissances.

Un phénomène plus fréquent qu’on ne le pense

Il est important de comprendre que la violence sur Internet n'est pas une rareté dirigée exclusivement contre des célébrités ou des militantes particulièrement exposées. C'est presque même le contraire. L'anonymat supposé et l'autorité toxique de ces hommes qui croient encore qu’Internet est leur territoire et qu’ils y ont tous les pouvoirs font que les femmes, en particulier, deviennent des victimes d’une forme avancée de violence en ligne. En effet, 76% des femmes interrogées dans le cadre d'une étude d'Amnesty International déclarent avoir déjà été victimes au moins une fois de cyberharcèlement et d'insultes en ligne.

Pour apaiser les choses, il est aussi souvent question de l’exposition des hommes à la violence en ligne. Elle est réelle et Internet est un lieu où les bonnes manières peuvent se perdre. Néanmoins, l’excuse donnée pour « justifier » de telles violences envers les femmes est qu’elles seraient tout simplement trop sensibles. Cette critique simpliste ignore complètement la différence qualitative dans les insultes. Effectivement, les hommes deviennent généralement la cible de moqueries et de malice en raison d'un incident spécifique. Les femmes, quant à elles, deviennent victimes de violence en ligne parce qu'elles sont des femmes - leur féminité est la cause des attaques. C’est donc une violence différente de celle subit par les hommes et totalement gratuite.

Comment se défendre ?

Il est souvent difficile pour les personnes touchées de se défendre. Une demande d'aide peut être perçue par les victimes, elles-mêmes, comme un signe de faiblesse et donc évitée. Dans les relations intimes en particulier, il semble souvent plus compliqué pour les femmes de prendre des mesures contre l'agresseur - d'une part, elles craignent les représailles auxquelles elles pourraient s'attendre face à l'insubordination et, d'autre part, elles ressentent encore souvent de l'affection pour leurs bourreaux et ne veulent pas qu'ils aient de problèmes.

Dans le cadre de sa campagne « Share Respect », BEE SECURE a publié un guide décrivant diverses formes de violence et de discours haineux en ligne, ainsi que des propositions d'actions concrètes contre cela. L'un des moyens les plus importants dans la lutte contre la violence sexiste est la solidarité. La victime apprend qu'elle n'est pas seule avec ses problèmes - l'agresseur voit en retour que sa victime reçoit un soutien, que ses efforts pour l'isoler ne mènent nulle part. L'effet de #metoo et #balancetonporc en est la preuve. Ce mouvement a été si important car, grâce à ces « simples » hashtags, nombre de femmes se sentant concernées se sont liées, leur permettant ainsi de se défendre collectivement contre la violence qu’elles subissaient individuellement. Si cet élan de solidarité s’étendait aussi hors-ligne et dans la vie privée, le combat contre la violence que les femmes peuvent subir au quotidien serait mieux avancé.

Qu’est-ce que BEE SECURE recommande ?

- Si vous êtes mineur ou connaissez un mineur victime de violences (en ligne ou domestiques), le Kannerjugendtelefon est le premier point de contact (tél. 116 111).

- La BEE SECURE Stopline vous permet de signaler anonymement des contenus sexistes, haineux ou terroristes sur Internet.

- Si vous êtes vous-même victime de violence sexiste ou autre en ligne, vous pouvez utiliser les Stratégies d'argumentation de BEE SECURE pour clouer le bec de votre agresseur.

- La Police est également un soutien pour les victimes de violences en ligne. Les crimes et les dénonciations de leurs auteurs sont souvent considérés comme pertinents au regard du droit pénal. N'hésitez pas à aller voir la police. Par ailleurs, documentez le plus possible les violences subit à l'aide de captures d'écran, par exemple.

- Si l'agresseur est un policier, vous pouvez contacter un organisme tiers, comme par exemple celui de Femmes en Détresse Luxembourg.

 

Pour aller plus loin :

Photo : pixabay.com | Sources : haut-conseil-egalite.gouv.fr | time.com | pewinternet.org