Quand « l’argent facile » devient un problème

Au Luxembourg aussi, des enquêtes et arrestations ont régulièrement lieu en lien avec le phishing et le money muling. Ces affaires montrent clairement que la fraude en ligne ne concerne plus seulement des auteurs directs ou des victimes. Très souvent, des personnes supplémentaires sont impliquées comme intermédiaires, afin de dissimuler les flux financiers.

Que signifie le money muling ?

Le money muling consiste à mettre son compte bancaire, sa carte bancaire ou ses accès à l’e-banking à disposition pour faire transiter ou retirer de l’argent. En contrepartie, une petite « commission » ou un avantage rapide est souvent promis.

Derrière ces tâches apparemment simples se cache, dans de nombreux cas, du blanchiment d’argent. Les fonds proviennent généralement d’escroqueries – par exemple du phishing – et sont transférés via plusieurs comptes afin d’en masquer l’origine.

Il est important de le savoir : même une personne qui « rend service » ou « effectue seulement un virement » peut se retrouver confrontée à des conséquences juridiques et financières, comme le blocage du compte, des demandes de remboursement ou des difficultés durables avec sa banque.

Comment les personnes sont recrutées

Les approches ont lieu là où la communication est rapide et directe : sur les réseaux sociaux, via des messageries ou parfois dans l’entourage personnel. Les propositions paraissent souvent inoffensives et sont présentées comme un service, un petit boulot ou une aide ponctuelle. Parmi les phrases typiques, on retrouve par exemple :

  • « Tu dois juste recevoir l’argent et le transférer. »
  • « Retire-le et remets-le à quelqu’un. »
  • « Utilise ton compte ou ta carte – on t’explique tout. »
  • « C’est simple, n’en parle à personne. »

On observe souvent une combinaison de pression temporelle, de secret et de simplification. Ce mélange vise à faire baisser les barrières et à empêcher toute réflexion critique.

Pourquoi ces méthodes fonctionnent

Le money muling ne vise pas un groupe d’âge spécifique. Ce sont surtout certaines situations de vie qui jouent un rôle : insécurité financière, pression sociale, désir d’indépendance ou espoir d’une solution rapide.

Chaque étape prise isolément semble anodine, les risques sont sous-estimés ou le contexte global reste invisible. Les auteurs exploitent en outre des leviers émotionnels comme la confiance, l’entraide ou la peur de rater une opportunité.

La vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais une situation – et c’est précisément cela qui est exploité.

Signaux d’alerte typiques

Il est important d’être vigilant lorsque plusieurs des éléments suivants se cumulent :

  • Des entrées d’argent inexpliquées ou des mouvements d’espèces inhabituels
  • De nouveaux contacts qui instaurent très rapidement un climat de confiance
  • Des demandes de secret ou d’urgence
  • Des sollicitations concernant la carte bancaire, le code PIN, les TAN ou les accès à l’e-banking
  • Des phrases comme « C’est totalement légal » ou « Tu n’as rien à voir là-dedans »

Ce qui rend les discussions utiles

Que ce soit avec des jeunes ou des adultes, un échange factuel est essentiel – sans reproches ni leçons de morale.

Peuvent être utiles :

  • un principe clair : on ne partage jamais son compte bancaire, sa carte ou ses accès – même temporairement
  • une analyse commune des signaux d’alerte comme « rapide », « facile », « secret »
  • une phrase simple pour sortir d’une situation de pression, par exemple :
    « Non, je ne fais pas de transferts d’argent pour d’autres personnes. »

Que faire en cas de soupçon ?

  • Arrêter immédiatement : ne plus effectuer de virements ni de retraits.
  • Contacter la banque : faire bloquer la carte et les accès, vérifier le compte.
  • Conserver les preuves : discussions, virements, coordonnées des contacts.
  • Chercher du soutien : en cas de doute ou si la discussion est difficile, la BEE SECURE Helpline (8002 1234) propose un accompagnement confidentiel – y compris pour les adultes souhaitant aborder ce sujet de manière sensible.
  • Informer la police : en cas de tentatives de recrutement liées au money muling, il est également possible de contacter les autorités.