
« J’ai un peu stalké ton profil » – on entend souvent ce genre de phrases. La plupart du temps, cela signifie simplement que quelqu’un a parcouru d’anciens posts par curiosité. Cela n’a pas grand-chose à voir avec le stalking au sens réel. Le stalking – en ligne ou hors ligne – est une forme de violence. Les personnes concernées se sentent observées en permanence, mises sous pression et fortement limitées dans leur manière de vivre.
Qu’est-ce que le stalking – et qu’est-ce que le cyberstalking ?
On entend par stalking un schéma obsessionnel et prolongé de menaces et de harcèlement, qui met en danger la sécurité de la victime et perturbe gravement sa tranquillité.
On parle de cyberstalking lorsque ce comportement se déroule principalement en ligne – par exemple via :
- des messageries comme WhatsApp, Signal, Telegram ;
- des réseaux sociaux (Instagram, TikTok, Snapchat, Facebook, X…) ;
- des e-mails, SMS, appels, jeux et forums ;
- des applications de traçage, des AirTags cachés ou d’autres dispositifs de géolocalisation.
De manière typique, la personne qui harcèle cherche à reprendre contact encore et encore, ignore les limites et veut contrôler la personne ciblée. Souvent, il s’agit de personnes de l’entourage : (ex-)partenaires, prétendu·e·s ami·e·s, collègues ou membres de la famille.
À quoi ressemble le cyberstalking en 2025 ?
Le cyberstalking peut prendre de nombreuses formes, par exemple :
- une avalanche de messages et d’appels, y compris la nuit, alors que vous avez clairement dit ne plus vouloir de contact ;
- des demandes constantes de localisation en direct, de mots de passe ou de captures d’écran de conversations ;
- des insultes, menaces ou du chantage avec des images intimes (« sextorsion ») ;
- la publication de votre adresse, numéro de téléphone, école/lieu de travail ou de photos (« doxxing ») ;
- des faux profils à votre nom, par exemple sur des plateformes de rencontre ou sur les réseaux sociaux ;
- l’espionnage discret de vos comptes, par exemple via des mots de passe interceptés ou des applications d’espionnage ;
- la surveillance de votre localisation avec des traqueurs ou des applications cachées.
S’ajoutent de nouveaux développements, comme l’utilisation de la technologie deepfake pour générer des images intimes très réalistes et les diffuser.
Les conséquences sont souvent graves : agitation, troubles du sommeil, peur, honte, repli social, jusqu’à des dépressions ou des troubles de stress post-traumatique.
Comment vous protéger ?
Protéger vos appareils contre l’accès
Protégez vos appareils à la fois techniquement et physiquement :
- Gardez le système d’exploitation, les applications et le navigateur à jour (mises à jour, pare-feu, antivirus).
- Verrouillez votre ordinateur portable, smartphone et tablette lorsque vous les laissez sans surveillance, même brièvement (p. ex. café, bureau, école).
- Si des personnes susceptibles de vous vouloir du mal ont été dans votre logement, vérifiez les ports USB de votre ordinateur : des clés inconnues ou de petits dispositifs pourraient s’y trouver (p. ex. des keyloggers enregistrant les frappes).
Mots de passe forts et authentification à deux facteurs
Utilisez des mots de passe sûrs et uniques, difficiles à deviner. Idéalement, utilisez un gestionnaire de mots de passe. Ne partagez vos mots de passe avec personne, même dans une relation. Donner l’accès à ses profils n’est pas une preuve d’amour – au contraire : demander ce type de contrôle est un signal d’alarme pouvant indiquer un comportement de contrôle ou de stalking.
Activez, si possible, l’authentification à deux facteurs (2FA). Ainsi, un mot de passe volé ne suffit pas à accéder à vos comptes.
Vérifier les paramètres de confidentialité
Vérifiez régulièrement les paramètres de confidentialité de vos comptes sur les réseaux sociaux. Les informations sensibles (adresse, lieu d’habitation, numéro de téléphone, école/lieu de travail) ne devraient pas être visibles publiquement. Limitez qui peut voir vos publications, stories, liste d’ami·e·s ou votre localisation.
Que faire si vous êtes concerné·e ?
Répondre clairement une fois – puis ne plus réagir
Si vous recevez des tentatives de contact non souhaitées, vous pouvez répondre une fois, poliment mais fermement, que vous ne souhaitez plus aucun contact. Ensuite, ne répondez plus – même si la personne provoque ou cherche à susciter la pitié.
Tout documenter
Ignorez les messages autant que possible, mais documentez chaque prise de contact :
- captures d’écran de messages, profils, posts, commentaires ;
- historiques de chat, e-mails, messages vocaux, listes d’appels sauvegardés ;
- notes avec la date, l’heure et la plateforme utilisée.
Ne supprimez des contenus qu’après les avoir sauvegardés. Ces preuves sont très utiles pour une démarche de conseil, l’école/l’employeur ou la police.
Bloquer et rester vigilant·e face aux faux profils
Bloquez la personne qui harcèle dans les messageries, e-mails et réseaux sociaux. Soyez prudent·e avec les nouvelles demandes d’amitié : les auteurs tentent souvent de reprendre contact via des faux profils. Signalez ces profils à la plateforme concernée.
Situation juridique au Luxembourg (état fin 2025)
Au Luxembourg, le stalking est punissable en tant que « harcèlement obsessionnel » à l’article 442-2 du Code pénal. Est sanctionné quiconque harcèle une personne de manière répétée alors qu’il ou elle savait, ou aurait dû savoir, que cela porte gravement atteinte à la tranquillité de la victime. Peine : 15 jours à 2 ans d’emprisonnement et une amende de 251 à 3.000 euros. En règle générale, l’infraction n’est poursuivie que sur plainte de la victime.
Les cas de cyberstalking peuvent en plus relever d’autres dispositions, par exemple :
- la loi sur la protection de la vie privée (11 août 1982) ;
- la loi sur la diffamation et les propos portant atteinte à l’honneur (8 juin 2004) ;
- des règles relatives à la protection des données, à la protection des mineurs, aux discours de haine ou à la cybercriminalité.
Depuis 2023, le Code du travail comporte également une section spécifique sur le « harcèlement moral » (mobbing) au travail. Le harcèlement numérique dans un contexte professionnel peut donc entraîner à la fois des conséquences en droit du travail et en droit pénal.
Une proposition de loi n° 8385 vise à créer une infraction distincte de « harcèlement moral numérique (cyberharcèlement) ». Fin 2025, ce projet est toutefois encore en procédure parlementaire et n’est donc pas encore en vigueur.
Demander de l’aide – vous n’êtes pas seul·e
N’hésitez pas à solliciter du soutien. Au Luxembourg, vous pouvez notamment contacter :
- BEE SECURE Helpline (tél. 8002 1234 – gratuit et confidentiel)
- Kanner Jugendtelefon (KJT) – tél. 116 111
- SOS Détresse – tél. 454545
Si vous vous sentez menacé·e ou en danger immédiat, appelez le 113 (police) ou le 112.







